Bande masquée ce dimanche à 6h du matin devant le lycée d’Ubud, à Bali!

Cela a de quoi surprendre, mais il y a plusieurs éléments d’explication :

Non, la High School d’Ubud n’est pas attaquée par une bande de jeunes délinquants. (jeune : adj. qualificatif parfois associé à délinquant, nom commun). Non, ils ne portent pas de masque à cause de l’épidémie de coronavirus, car elle ne sévit pas encore à Bali, du moins officiellement. Non, ce ne sont pas des élèves en retenue ou en colle, sanctionné par le directeur et obligés de faire des heures de service.

On est un dimanche matin devant la Ubud High School et à l’aube des élèves viennent en scooter ou se font déposer par les parents, tous équipés d’une petite balayette règlementaire, mais pas fournie par le lycée. De petits groupes se forment, s’interpellent, plaisantent et se préparent au grand nettoyage du lycée et de ses abords. Pas un professeur en vue, pas de directeur non plus. Un petit groupe de filles assises sur le trottoir consultent leur smartphone pour se mettre à jour des dernières nouvelles avant d’attaquer le nettoyage. Le masque? Plus une habitude quand on vient en scooter, à cause de la pollution de l’air, ou en opération de nettoyage.

Devant l’entrée principale de Ubud High School donnant en surplomb de la rue principale, les élèves balayette à la main nettoient les pelouses et les escaliers.

Interrogés, quelques élèves expliquent : « c’est la période de vacances, donc le lycée est fermé en ce moment, mais il faut venir pour le nettoyer en préparation de la reprise des cours, on nettoie aussi la pelouse, avec toutes les feuilles qui sont tombées. Et hier, c’était la grande fête de Kunigan à Bali, beaucoup de monde dans les rues, alors il y a plein de papiers et de plastic à ramasser. »

Dans la bonne humeur, les élèves s’activent sur les pelouses en contre-bas de l’entrée. Pas d’uniforme d’école aujourd’hui, pas de cours ou de devoirs à faire, juste un matin ordinaire à Bali dans la vie des lycéens habitués à se lever tôt. C’est aussi l’heure la plus agréable pour être dehors, on évite le grand soleil cuisant et la chaleur humide de la journée.

Inutile de dire que cette situation est difficile à transposer en France. Quels lycéens épris du sens de la communauté sacrifierait leur grâce matinée du dimanche pour venir nettoyer leur lycée !

 On est en effet ailleurs, dans une autre culture, avec d’autres valeurs, ou les mêmes mais mises en œuvre différemment. L’école est aussi encore perçue comme un lieu qui n’est pas toujours accessible à tous et que l’on respecte car c’est la voie vers une éducation qui sera utile pour la suite. Toute la société soutient ce projet, il n’y a pas d’esprit critique et de remise en question de l’institution.

Par ailleurs, on peut ajouter que les adolescents sont perçus comme des personnes responsables : pas d’adulte pour les encadrer ; ils sont simplement déposés pour certains par les parents et les consignes, ils les connaissent. Il y a un ensemble de règles, de valeurs communes, familiales et religieuses auxquelles ils ont été depuis leur enfance imprégnés. Être un jeune lycéen à Ubud, Bali, c’est être responsable, autonome, préparer son avenir et représenter l’espoir de sa famille. Rien d’extraordinaire, mais cela se traduit par des gestes, notamment se lever tôt et montrer son respect envers le lieu de ses études. Car une équipe d’étudiants est à l’œuvre chaque matin avant le début des classes, pas seulement le dimanche.

 Une leçon pour nous : faire confiance aux jeunes, leur donner des responsabilités (pas forcément une balayette !) et des projets qui les rendent fiers de contribuer à la vie de leur communauté!

Categories: Education

2 Comments

Sylvie Jarlov · 2 mars 2020 at 19 h 35 min

Oui très certainement, et je pense que cette problématique de la responsabilité doit commencer avec les parents. Si les parents éduquent très tôt leurs enfants à participer à la bonne tenue de la maison, à la vie familiale (fabrication des offrandes en l’occurence à Bali), à la collaboration quotidienne pour la préparation des repas, à l’entretien et à la décoration des édifices religieux etc. cela se fera tout naturellement dans les institutions scolaires. Les enfants balinais sont toujours impliqués dans la vie du village, lors des événements, des fêtes religieuses et se sentir responsables fait partie de leur éducation et de leur vie donc. Mais ils sont la plupart du temps accompagnés par les adultes et en quelque sorte reproduisent les gestes qu’ils ont vu faire durant toute leur enfance.
Nos enfants français ne reçoivent plus cet apprentissage progressif (famille éclatée, trop peu présente) et les parents aujourd’hui comptent sur l’école pour y remédier. Il y a bien les “élèves de service” responsables du rangement, du plus gros du nettoyage, mais en effet il serait impensable de demander aux élèves de venir préparer les classes avant le retour des vacances, ou le week-end. Et là ce sont les parents qui s’y opposeraient en brandissant l’argument de “l’exploitation”, de” l’abus”, voire du retour à “l’esclavage”!
Nous sommes bien à Bali dans une culture exceptionnelle…

Blandine · 10 mars 2020 at 21 h 30 min

Merci Christian de tous ces articles et en particulier pour celui-ci que j’ai beaucoup apprécié pour les valeurs évoquées !

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