Des brebis et … des huîtres

Lorsque nous cherchions une première acquisition immobilière sur Annecy, ceci en 1984, nous avions visité un appartement à la revente au Clos des Boules d’or. (Tous les noms de lotissements ont été volontairement modifiés)

La construction de cet ensemble de petits immeubles venait de démarrer sur une colline verdoyante dominant la ville d’Annecy.

Depuis la fenêtre de l’appartement que nous visitions, on apercevait juste devant la copropriété, une bergerie, et des moutons broutant paisiblement les prairies encore nombreuses à cette époque-là.

Et puis la frénésie de la construction s’est emparée de cette colline et de ses environs, colline idéalement placée, en hauteur, à cinq minutes de la ville en voiture et … non loin de l’aéroport de Genève, argument qui nous semblait à l’époque bien inutile et absurde. Et pourtant l’avenir prouva que l’agent immobilier qui avançait cette proximité comme un réel atout, ne s’était pas trompé.

Nous fîmes donc l’acquisition d’un appartement sur plan, dans la dernière tranche de la résidence, alors non construite.

En 1985, ravis de passer nos premières vacances d’été chez nous, nous pouvions admirer sous nos fenêtres, un verger et des champs.

En 1987, les pommiers furent sacrifiés pour construire une nouvelle résidence, au nom bien bucolique, le Clos des Violettes.

En 1988, la bergerie était rasée pour y implanter une vingtaine de maisons mitoyennes, copropriété appelée le Clos des Anémones.

On promettait aux futurs acheteurs des lieux de vie calmes et à la campagne, laquelle campagne se transformait rapidement en zones d’habitations plus ou moins concentrées.  La seule zone de prairie épargnée fut une bande herbeuse située sous le passage d’une ligne à haute tension.

Quelques années plus tard, nouvelle frayeur pour les résidents du voisinage, la ville décide de déplacer la ligne haute tension pour l’enterrer plus loin.

Frayeur, car bien sûr, nous étions certains qu’une nouvelle résidence allait pousser aussi rapidement que le chiendent.

En 2020, année de tous les dangers… enfin une bonne nouvelle qui laisse entrevoir une fenêtre d’espoir dans cette période sombre et anxiogène.

La ville d’Annecy a récupéré cette zone herbeuse et y a installé une vingtaine de brebis… Des brebis Thônes et Marthod, une race en voie de disparition et particulièrement adaptée à nos climats rigoureux de montagne.

Et le lendemain, quatre vaches venaient les rejoindre…

Quelle ironie ! Les ruminants sont de retour sous nos fenêtres, pour le plus grand plaisir des promeneurs et des enfants qui font même le détour pour pouvoir les observer. Et je pense même secrètement, que l’on serait prêts à chatouiller la clôture électrifiée pour être certains que c’est bien une réalité et que les responsables du volet environnemental, écologique ont enfin eu gain de cause face aux bulldozers de l’immobilier.

Bien sûr, il faut surveiller les zones de pâture et déplacer les moutons fréquemment 20 mètres plus loin lorsque l’herbe se fait rare, un gros travail pour les employés de la commune, mais ainsi, les tondeuses peuvent rester dans les hangars. Moins de pollution atmosphérique… et sonore !

J’ai lu récemment un article intéressant montrant que les villes prennent conscience de l’utilité des animaux en zone urbanisée. Je cite :

« Il y a encore un siècle, le port de New York abritait des dauphins, des hippocampes et des eaux pures. Tout cela grâce aux huîtres…

L’huître adulte filtre près de 4 litres d’eau par heure. Ça fait presque 100 litres d’eau filtrée par jour. Avec un milliard d’huîtres, toute l’eau de la baie de New York sera filtrée et renouvelée intégralement tous les 3 jours ». Propos de Nicolas Gilsoul recueillis par Aurélie Luneau, revue “Papiers” n° 34

L’article explique ensuite que les huîtres ont l’avantage de former un récif dont la ville a vraiment besoin en ces temps de changement climatique.
Les décideurs ont pris la décision de créer plusieurs digues sous-marines d’ici 2035, et d’y replanter un milliard d’huîtres qui solidifieront ce récif. Les écoles ont été mises à contribution, ainsi les élèves introduisent des larves dans des coquilles vides recyclées et fournies par les restaurateurs, avant de les remettre à l’eau.

75 restaurants et 70 écoles participent à ce projet et 28 millions d’huîtres ont déjà été déposées dans la baie de New York. 

Vivent les huîtres … et les ruminants !

Gardons la santé et … espoir !

Sylvie Jarlov

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