Revenons à l’évaluation à l’école et la question de ce parent d’école privée aux USA : «Comment l’école peut-elle m’informer de façon fiable, juste et fréquente des progrès de mon enfant et ainsi garantir son avenir ? » (épisode 1 de la série)

Photo: Exemple d’une école privée aux USA (Kentucky) qui place la créativité au coeur de sa mission.

Un constat fondamental a émergé de la discussion du groupe : le mode traditionnel d’évaluation, la note sur 20, la lettre attribuée, ce qui revient au même quand on passe comme aux USA à A+, A, A-, B+, etc. ou le pourcentage de réussite, ces systèmes qui rendent compte de la performance de l’enfant en maths, en français ou en histoire, ne mesurent pas le plus important. On pense à la phrase de Saint-Exupéry dans Le petit Prince : « L’essentiel est invisible pour les yeux », car elle s’applique merveilleusement bien au propos sur l’évaluation. Ou encore la citation d’Einstein, cité dans une donnée en introduction de ce thème: « Tout ce qui peut se mesurer n’en vaut peut-être pas la peine ».

Comment peut-on évaluer les grandes missions éducatives de l’école qui se traduisent par des qualités, des talents, des potentiels, des attitudes, des savoir-être : créativité, imagination, curiosité, capacité à travailler en équipe, à avoir de l’empathie, à faire preuve de résilience, à posséder des principes éthiques, être un bon leader, savoir gérer les conflits et influencer positivement le groupe dans lequel on travaille, être autonome, avoir une bonne capacité à se concentrer et à gérer son temps… Comment évaluer tout ce qui a tant d’importance dans la vie d’un enfant qui poursuivra des études supérieures et trouvera un jour sa place dans la société ?

Autrement dit, on peut avoir de très bonnes notes en mathématiques, mais ne pas posséder les qualités jugées de plus en plus essentielles au 21èmesiècle !

Des études ont été menées en Californie et la démarche a été la suivante : identifier et répertorier les qualités dont nous parlons le plus. Pour cela les groupes de recherche ont visité les universités, les entreprises, les starts-ups pour enquêter sur leurs attentes, sur ce qui fait l’étoffe du bon profil, du bon candidat. Bien des écoles privées ont inscrit dans leur mission ces compétences. En voici six qui ont acquis au fils des années leurs lettres de noblesse : la créativité, la curiosité, une bonne éthique, la résilience, l’esprit d’équipe, la capacité à gérer son temps. En anglais : creativity, curiosity, ethics, resilience, teamwork, and time management.

Restait un point important à résoudre: ce que l’on n’évalue pas dans un système scolaire est souvent relégué au second plan, on l’enseigne peu tout simplement car le sujet ne rentre pas dans le carnet de notes et n’a donc pas de valeur auprès des prescripteurs que sont les parents. D’où l’ambition de créer un système d’évaluation de ces compétences ou qualités. C’est ainsi que le « Mission Skills Assessement » a vu le jour.  Traduisons par « évaluation des compétences qui sont la mission éducative de l’école ».

Il existe donc désormais des moyens, très utilisés par certaines écoles d’Amérique du nord, pour évaluer ces compétences. Cette mesure de performance peut même se faire en ligne, avec des questions très précises. Une large part est faite à l’auto-évaluation. Par exemple, pour la compétence « teamwork », ou esprit d’équipe, on évalue comment se situe l’élève dans un groupe, son attitude, sa capacité d’écoute, sa façon de prendre des initiatives, son niveau d’implication dans le résultat d’un travail en groupe, ceci avec une liste de questions et de réponses à choix multiples. On collecte les réponses, on dresse des courbes, on fait des statistiques, on évalue par là-même, non seulement l’élève, mais si l’établissement «délivre » les promesses de sa mission.  On imagine bien entendu la part du subjectif. Aucun système d’évaluation n’est parfait ! Imaginez une grille d’évaluation pour mesurer la créativité de Picasso, ou les valeurs éthiques d’Einstein…

Reconnaissons cependant, pour clore cette série sur l’évaluation, qu’un bon système scolaire est celui qui rend compte aux élèves d’une manière positive et encourageante de leurs progrès. Et ceci non seulement sur leur capacité à retenir des notions, emmagasiner et restituer des connaissances, mais sur leur façon de progresser en développant des compétences indispensables dans leur vie d’élève et de futur citoyen.  

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