Lorsqu’on écrit des blogs on se sent obligé d’être concis. La réputation des lecteurs est celle de l’éparpillement ou zapping et du manque de temps. Le Haïku est donc un modèle pour les « blogueurs » ! Ceci sans compromettre le contenu, à une condition, celle de songer que l’on ouvre des portes, mais que l’on oublie totalement toute tentative d’exhaustivité. Ce n’est pas plus mal. L’époque est à l’économie, au manque de temps aussi.  Jules Verne et ses romans qui commençaient pas d’interminables chapitres de mise en contexte et de belles descriptions est devenu indigeste à notre époque pour bien des lecteurs. Il faut rentrer dans l’action et percuter dès la première page ! Il y aura peut-être un jour un retour au « slow book » dans la veine du retour du « slow » devenu tant à la mode.

Revenons à la génération HS ou Hors-Sol. Un documentaire à la fois rassurant et effrayant montre comment se profile l’habitat du futur dans un contexte qui pourrait devenir la norme. Je fais référence à la cité état de Singapour que je connais assez bien pour y avoir vécu dix ans. Singapour est un laboratoire du futur. Actuellement des bureaux d’étude imaginent la ville-pays dans cinquante ans, au moment du centenaire de son indépendance 1965-2065. La partie rassurante est la capacité des Singapouriens à ne rien laisser au hasard, à travailler avec dix ans d’avance, à réguler, anticiper avec comme objectif la survie de son peuple, de son modèle de société et si possible le bonheur des générations de Singapouriens à venir. Le côté effrayant est l’aspect « savant-fou ». On voit dans ce documentaire très sérieux des grandes personnes très sérieuses, comme dirait le petit prince : des architectes et des urbanistes conçoivent un habitat vertical, de nouveaux lieux de vie avec des couches élevant les populations au-dessus du sol, dans une ville où l’espace est compté, et sur une planète où les villes deviennent tellement peuplées que la seule solution est de les faire pousser vers le haut, d’où le concept d’une vie totalement hors-sol. On entrevoit donc la vie de ces enfants, nés dans des cliniques au 200ème étage de complexes de béton, de verre et d’acier, qui seront ensuite élevés, promenés dans des jardins suspendus à des étages élevés, entre terre et nuages, iront à l’école, se nourriront de plantes hydroponiques et ne connaîtront de ce que nous vivons actuellement que d’occasionnelles descentes au niveau du sol, quelques week-end d’exotisme. On imagine des sorties scolaires pour aller marcher sur la terre, pourquoi pas dans les flaques comme aiment le faire les enfants après la pluie, au niveau de la nature, bref le grand frisson ! Et peut-être même aller jusqu’à un parc, voire une vraie forêt ou un vrai champ ! Les plans futuristes, les simulations rappellent ces dessins animés ou ces films qui peignent d’autres planètes dans un univers de science-fiction. Ce qui est troublant, c’est qu’il s’agit de plans dans un futur proche, le nôtre. De plus, certains aspects de cette vie hors-sol sont déjà dans notre quotidien. Bien des enfants qui vivent depuis longtemps en ville ont déjà perdu le contact avec la planète, celle des plantes, des animaux, des forêts et des champs, de la Nature tout simplement ! Leurs parents aussi, mais pour leur génération c’est plutôt un oubli ou une posture dans un monde qui s’est divisé, opposant le monde rural, les « gens simples, les paysans» et les « intellectuels, les gens de la ville » . Beaucoup d’enfants de la génération Y ou Z n’ont jamais grimpé sur de vrais arbres et pris le risque de tomber. Nombre d’entre eux ne connaissent pas la nature sauvage, et en auraient sans doute peur. Je raconte parfois cette anecdote, de séjour que j’organisais en Malaisie avec un groupe d’élèves vivant à Singapour. Le premier jour, on enregistrait des chutes quand le bus faisait une première étape pour visiter une forêt et un village dans la forêt tropicale. Les enfants, habitués aux sols toujours lisses de Singapour se prenaient les pieds dans les racines des arbres et tombaient. Ils n’avaient pas l’habitude de regarder où ils marchaient et surtout ne s’attendant pas à des sols irréguliers, et ne savaient pas les gérer de manière réflexe.

Être conscient de cette réalité, de voir de plus en plus d’enfants déconnectés de la nature est un point essentiel pour les éducateurs et donc un projet motivant, à intégrer de manière prioritaire dans tout parcours éducatif. Il ne sera pas possible de sauver la planète avec une génération qui ne connaît pas la nature et la perçoit comme un objet lointain. D’où l’idée de se reconnecter au plus vite à la nature, par tous les moyens, aussi bien les adultes que leurs enfants, ce qui implique un changement d’état d’esprit et la réflexion sur un nouveau mode de vie.

Categories: Education

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