En tant que professeur des Écoles, j’ai enseigné l’histoire au cycle 3 et ai ainsi eu la chance de pouvoir faire découvrir aux enfants Albrecht Dürer.

J’ai une profonde admiration pour cet artiste allemand de la Renaissance et ai toujours eu hâte d’atteindre cette période d’histoire du programme de CM1.

J’avoue qu’il était aisé de captiver l’attention des élèves avec un artiste aussi exceptionnel, et l’incroyable récit de sa gravure de rhinocéros.

Mais plus encore que cette fabuleuse gravure sur bois réalisée à partir d’une description écrite de l’animal, c’est son sens de l’observation qui m’incite à parler de lui.

Dans son œuvre, « La vie et l’art d’Albrecht Dürer », Erwin Panofsky évoque une « dévotion quasi religieuse » pour peindre « Le Jeune Lièvre », et « La Grande Touffe d’Herbe », où dit-il, «…chaque poil du pelage et chaque brin de verdure est observé …»

 La Grande Touffe d’Herbe, quel sujet banal qu’un carré de prairie. Et pourquoi avoir choisi de représenter ce bouquet d’herbes folles vu à la hauteur d’un tout jeune enfant ?

Dürer avait compris que la nature seule est capable d’offrir de tels cadeaux d’observation à qui prête attention. Je le comprends aisément lorsque je suis le témoin de l’attirance des enfants pour les jeux extérieurs, dans la nature, proche des hautes herbes dans les sentiers de verdure de la ferme. Ou encore autour de la mare, à observer la danse des libellules.

Les enfants savourent l’instant présent constamment. Tout ce qui dans la nature s’offre à leur regard a le pouvoir de les émerveiller.

C’est peut-être ce qui a poussé Dürer à choisir cet angle de vue, pour témoigner de cette fusion complète avec ce qui pourrait être appelé un cinquième élément, l’herbe.

L’herbe n’est-elle pas la source de sensations mémorisées pour la vie dans notre être : l’odeur de l’herbe après la pluie, le contact du tapis herbeux lors de roulades enfantines, la vision de l’élégance verticale d’une tige d’orchidée pyramidale.

J’aime beaucoup cette phrase de Marie-José Pillet, « Ici l’herbe frôle, là elle mouille, ailleurs elle picote. »

De nombreuses initiatives pour aider les gens à se reconnecter à la nature sont en train d’émerger, la fédération «Nature en famille», ou bien la formation «Passeur de Nature» organisée par la société «Eveil et Nature». Cette renaissance de l’attrait pour la nature est la bienvenue dans un monde de plus en plus connecté mais dangereusement déconnecté de la nature.

J’ai reçu il y a quelque temps un livre intitulé «La fraîcheur de l’herbe» d’Alain Corbin. J’ai été ravie de voir que son choix d’illustration de couverture était «La Grande Touffe d’herbe» de Dürer.

Un bel hommage à un artiste qui a su célébrer la nature par un exceptionnel sens de l’observation et son talent de dessinateur.

 

 


1 Comment

Kidi · 22 juin 2018 at 11 h 22 min

Magnifique tableau qui nous rappelle que la nature peut constituer en elle-même un spectacle épatant ! S’asseoir dans l’herbe, s’allonger dans l’herbe, humer l’herbe, observer les mille et une pattes qui s’y déplacent… en savourant l’instant présent, comme les enfants savent si bien le faire.…

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