Quel bonheur que cette explosion florale qui s’offre à nos regards chaque jour : ce ne sont pourtant que de simples primevères, jonquilles, violettes ou des « je ne sais pas encore »… Eh oui, nous ne sommes qu’au tout début de notre itinéraire de « jardiniers » et nous découvrons notre jardin et ses trésors qui se réveillent à peine après un hiver particulièrement long et froid cette année.

Ces éclosions printanières sont à mes yeux des « choses précieuses ». Je m’explique : pourquoi ne parlerait-on que de « pierres précieuses ». Nous le savons bien, ce concept de rareté qui engendre la « préciosité » d’une chose n’est-il pas un concept en pleine évolution?

Après l’eau, résolument pressentie comme la ressource qui deviendra la plus précieuse dans les prochaines années, tous les amateurs de biodiversité s’accordent pour décrier la disparition de milliers de variétés de plantes, fruits et légumes qui ont créé un appauvrissement drastique de notre alimentation. Les graines « reproductibles » deviennent ainsi des « choses précieuses ». La preuve en est qu’il existe de véritables banques de semences comme à Saint-Pétersbourg, à l’institut Vavilov, où sont conservées des graines oubliées mais bien vivantes et oh combien « précieuses » !

 

 

Mais revenons à nos découvertes florales. Je me souviens avoir dû dessiner, lorsque j’étais sur les bancs de l’école primaire, un bouquet de primevères. Cette leçon de dessin était la conclusion d’une « leçon de choses ». Nom bien désuet aujourd’hui qui a été remplacé ensuite par de multiples autres dénominatifs, tels « Discipline d’éveil», « Sciences de la vie », « Sciences expérimentales »…

 La « leçon de choses » était avant tout une séance d’observation qui devait solliciter chez l’enfant tous ses sens : la vue, le toucher, l’odorat, parfois le goût et l’ouïe aussi. Il restait ainsi engagé et acteur de son apprentissage. Mon livre de « Leçon de choses » à l’époque présentait une « chose » par double –page, sur lesquelles de magnifiques schémas, croquis, coupes transversales en décortiquaient chaque partie. Ces leçons nous parlaient à nous enfants car elles nous faisaient découvrir les secrets de vie d’éléments concrets faisant partie de notre quotidien.

 Je rajouterai que la leçon de choses était une étape essentielle pour ensemencer chez l’enfant le respect des choses de la nature. La connaissance des étapes de croissance d’une plante ne peut qu’engendrer le respect.

 Dans le monde abstrait et virtuel dans lequel nous vivons, n’est-il pas « précieux » de pouvoir simplement assister à l’éveil de la nature et se lancer dans des « leçons d’observation des choses précieuses ».

 Pour conclure, je citerai Rousseau qui dans « L’Emile » dit : « Point d’autre livre que la nature elle-même, point d’autres leçons que celles de l’expérience et de l’observation. »

 Photos: prises à La Ferme de L’Academy début avril 2018.

 

Extrait de “Petites leçons de choses”, édition: Librairie des Ecoles.


3 Comments

Francois · 7 avril 2018 at 7 h 20 min

J’ajouterais une citation d’un de mes Maîtres à penser, qui fait écho à celle de Rousseau :

“Ne regardez pas les choses ordinaires de manière ordinaire”.
Dogen

Francois -Vietnam

Kidi · 7 avril 2018 at 7 h 22 min

Tout à fait d’accord avec ces réflexions ! J’y pense aussi ici, à Paris, en pleine ville donc, où des jardiniers volontaires créent des jardinets au pied des arbres. Actuellement, on assiste à une explosion de jonquilles. Des petits soleils, en quelque sorte, avant le soleil de l’été.

Mireille BOUILLAT · 7 avril 2018 at 10 h 28 min

très bel article!! et de belles photos aussi…si quelqu’un pouvait te dire le nom des plantes de la 3ème photo en sus… bisou

Répondre à Francois Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *