Légende de la photo: voir ci-dessous*

Avez-vous parmi vos souvenirs d’enfance une expérience forte, révélatrice de votre rapport à la nature, la découverte de ce sentiment de liberté et d’indépendance ?  Pouvez-vous raconter une émotion particulièrement vive et que seule la sensation d’évasion, d’interdit bravé et de communion avec la forêt, la montagne, la solitude de grandes plaines ou la rencontre avec un animal peut procurer ?

Je ne résiste pas à l’envie de citer ce passage d’un livre de Le Clézio qui décrit si bien un souvenir d’enfance en Afrique, à l’époque où l’on parlait encore de la vie en brousse :

« Alors, un jour, nous avons couru tout seuls dans la plaine fauve, en direction de la rivière. L’Aiya à cet endroit n’était pas très large, mais était animée d’un courant violent qui arrachait aux rives des mottes de boue rouge. La plaine, de chaque côté de la rivière, paraissait sans bornes. De loin en loin, au milieu de la savane, se dressaient de grands arbres au tronc très droit, dont j’ai su plus tard qu’ils servaient à fournir les planchers d’acajou des pays industriels. Il y a avait aussi des cotonniers, et des acacias épineux qui faisaient une ombre légère. Nous courions presque sans nous arrêter, à perdre haleine, dans les hautes herbes qui fouettaient nos visages à hauteur des yeux, guidés par les fûts des grands arbres. Aujourd’hui encore, quand je vois des images de l’Afrique, les grands parcs du Serengeti ou du Kenya, je ressens un élan du cœur, il me semble reconnaître la plaine où nous courions chaque jour, dans la chaleur de l’après-midi, sans but, pareils à des animaux sauvages ». L’Africain, JM.G. Le Clézio

Tout est dit dans ce passage de l’Africain où l’auteur relate ses souvenirs d’enfance avec ces moments intenses de liberté au contact de la nature avec son frère. Est même évoqué la fin annoncée des espaces sauvages, le pillage des colons qui transforment les grands fûts des arbres pour les domestiquer en parquets pour les pays colonisateurs !

Nous avons tous dans un coin de notre imaginaire cet appel de la savane, ce rêve de soleil, de chaleur et de liberté ! Alors, dans un monde qui a bien changé et rend de plus en plus virtuels et inaccessibles ces espaces naturels,  recherchons le moyen de laisser courir nos enfants pieds nus dans la terre, d’entrer en résonnance avec la nature, d’apprendre à aimer le sentiment de liberté que l’on a nous-mêmes eu la chance d’accueillir pendant notre enfance.

*Photo: j’ai peu de photos numériques sur mon époque africaine personnelle, en dehors de celles que j’ai par la suite numérisées. Cette photo est significative du propos, la sensation d’intensité et de liberté que procurent les grands espaces, l’horizon à perte de vue, un baobab qui semble minuscule. C’est le littoral du Siné Saloum au sud de Dakar, Sénégal. Des enfants, dont mon fils et une amie tissent sans problème dans le jeu des liens avec les petits Sénégalais en boubous. Le jeu est universel et abolit les différences culturelles ou linguistiques…

Categories: Nature

2 Comments

Kidi · 10 novembre 2017 at 16 h 38 min

Moi qui ne suis pas une grande lectrice de Le Clézio, j’avoue avoir littéralement avalé L’Africain, il y a quelques années. Je trouvais ce livre profondément juste et je le percevais comme une invitation à préserver justement, cette part libre de l’enfance… Je crois qu’il faut réussir à la préserver chez nos enfants comme en nous mêmes. Moi qui suis auteur, c’est cette part que je tente de rechercher pour être au plus près, si possible, de ce que je veux dire.

Tizien · 11 novembre 2017 at 17 h 02 min

J’ai été immédiatement replongée dans notre epoque africaine commune…. le petit Clément que j’ai Reconnu de suite, et cette ambiance tellement authentique! Merci pour ces pensées et partage de parcours de vie qui nous a tant donné. J’ai Toujours respecté la nature, et en suis d’autant plus admirative qu’elle nous donne la vie et tout ce dont on a besoin si l’on en prend soin. En tant qu’artiste elle est presente dans toutes mes créations, elle m’inspire tant….

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