Un bien joli mot entomofaune! Entomo (insectes) et faune, le peuple des insectes dit de manière scientifique, mais victime d’une triste réalité.

La publication récente (18 octobre – revue PLoS One) par une équipe de scientifique sur la disparition dramatique de l’entomofaune en Allemagne, mais comme on peut l’imaginer dans une grande partie de l’Europe qui emploie pour son agriculture tout un arsenal de guerre, plonge une fois de plus dans la consternation et l’impression que nous avons atteint un point de non-retour.

Les insectes sont un des piliers qui soutiennent la chaîne alimentaire et ceux qui ont des ailes sont d’autant plus nos alliés car ils permettent aux plantes de se reproduire. La baisse de leur nombre n’est pas rien, puisque l’étude évoque les chiffres de 82% de moins en été par rapport à il y a 30 ans. Les coupables sont désignés : l’agriculture intensive avec l’emploi de pesticides et d’engrais chimiques. Pas besoin d’être un grand scientifique pour comprendre.

L’enquête est facile à mener, les pièces du puzzle ne cessent de s’accumuler et de s’assembler au fil de l’actualité de ce début de siècle, et toujours les humains, leurs modes de vie sont sur le banc des accusés, criminels contre leurs propres intérêts, une sorte de suicide collectif conscient ou pas selon le rôle qu’ils jouent.

Pour ceux qui ont eu la chance d’aller ce week-end au festival Salamandre en Suisse: une magnifique libellule photographiée par Daniel Magnin – exposition photos et collaboration avec Alain Cugno, philosophe qui a publié La Libellule et le philosophe aux éditions l’Iconoclaste.

Dans la même veine, j’écoute le témoignage sur France Culture (Les Master Class) de Gilles Clément, jardinier, paysagiste, biologiste et écrivain, qui revient notamment sur la formation qu’il a reçue plus jeune, en école d’horticulture. « On nous a appris à tuer » dit-il crument. C’est aussi simple que cela, à une époque le bon horticulteur était celui qui tuait les insectes et les “mauvaises” herbes pour permettre à une seule espèce “utile” à l’homme d’occuper le terrain.

Il n’est donc pas surprenant que trente ans plus tard l’Europe connaisse des étés sans moustiques, sans abeilles et autres insectes qui nous ont permis de pester contre les boutons qui démangent dans notre jeunesse, mais aussi de vivre dans un monde de biodiversité!

Rien de nouveau, nous avons tous entendu depuis quelques années ces études scientifiques relayées par la presse. Nous sommes aussi conscients du déni de certains ou de l’impression d’impuissance face à une situation qui nous dépasse. Pourtant, comme au tribunal, l’effet de l’accumulation de preuves ne peut laisser insensible. Le message est de plus en plus insistant et on ne peut plus rester indifférent devant cette destruction organisée de notre planète.

Conclusion : l’éducation des enfants est fondamentale pour un avenir meilleur. Apprenons-leur à comprendre le rôle des insectes, à les admirer et les aimer dans leur diversité, à prendre, le moment venu, les bonnes décisions. Mais aussi, n’attendons pas pour être acteurs à notre niveau. Pourtant la tâche est immense car nous avons surtout affaire à de jeunes urbains qui, avec leurs parents, ont appris à voir les insectes comme des nuisibles dont il faut se débarrasser. On en a peur, on les chasse des maisons, on  les extermine dès que possible car ce sont des intrus sales et inquiétants… Il faut donc constamment employer un discours de raison, scientifique et faire preuve de pédagogie pour changer ce qui est trop souvent de l’indifférence cruelle envers l’entomofaune !

(Voir article dans le Monde du 18-10-2017 – Les Master classes du 13 octobre 2017 – Gilles Clément « Avec la création d’un jardin, on entre dans une dimension politique »)


0 Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *