L’arbre a toujours tenu une place importante dans l’histoire et la religion. Que ce soit à l’époque de la Grèce antique, où les divinateurs interprétaient le bruissement des feuilles de chêne, ou dans le culte hindouiste qui considère l’arbre Banyan comme sacré. En effet, l’arbre est un symbole fort. Ses racines s’enfoncent dans le sol et son feuillage s’élance vers le ciel, il relie donc le monde souterrain au céleste, ce qui en fait l’axe vertical autour duquel s’organise le cosmos. Il est aussi symbole de régénération car chaque année ses feuilles repoussent.

Les cinéphiles penseront aussi à l’Arbre des âmes, dans le film Avatar, centre névralgique du réseau nerveux végétal qui connecte toutes les plantes de l’exolune Pandora. 

Il semblerait que le réseau végétal évoqué dans le film de James Cameron ne tienne pas que de la fiction. C’est ce que l’on apprend en lisant les résultats de la recherche menée par Suzanne Simard, ancienne forestière devenue professeur d’Ecologie à l’Université de la Colombie-Britannique à Vancouver. Fascinée par les arbres, et en particulier par leurs racines souterraines, elle met en évidence la communication entre deux arbres de la même espèce en faisant absorber à l’un un marqueur carbone qu’elle retrouve par la suite dans son voisin. Après cette première découverte, elle focalise sa recherche sur la communication inter-plantes.

En se penchant sur ce domaine de recherche, on découvre que dans les forêts, les arbres communiquent à l’aide de réseaux mycorhiziens complexes. Ces réseaux mycorhiziens sont en fait simplement formés de champignons qui vivent en symbiose avec les systèmes racinaires des arbres. Les champignons procurent aux racines des arbres des nutriments essentiels à leur croissance en échange de produits de la photosynthèse. Ces réseaux permettent aussi aux arbres de s’échanger des molécules de carbone, d’azote ou encore d’hydrogène, ainsi que des signaux de défense en cas de stress. De la même manière que les humains sont maintenant constamment connectés par les réseaux sociaux, les arbres se parlent constamment à l’aide d’un vaste réseau souterrain, surnommé “Wood Wide Web”.

Qu’est ce que cela implique concrètement pour les arbres? Eh bien, par exemple, lorsque qu’un arbre est en fin de vie, il peut libérer ses ressources pour que les autres arbres du réseau puissent en bénéficier. Ou bien encore, lorsqu’un arbre est attaqué par un parasite, il peut envoyer des signaux d’alerte aux autres arbres environnants pour qu’ils aiguisent leurs mécanismes de défense. Ce qui est aussi remarquable, c’est que les arbres reconnaissent les jeunes pousses qui sont le fruit de leurs propres graines, et peuvent leur allouer des ressources de manière préférentielle afin de faciliter leur croissance. Cela nous pousse donc à reconsidérer notre vision de la forêt, non pas comme une simple collection d’arbres en compétition mais, comme le dit Suzanne Simard, plutôt comme un réseau complexe et coopératif. 

Ces découvertes devraient nous permettre à nous aussi de trouver une façon de vivre en symbiose avec les arbres, afin de continuer à utiliser leurs ressources tout en les préservant de manière durable. En effet, le rôle clé qu’ils jouent dans la lutte contre le réchauffement climatique n’a pas besoin d’être expliqué. Il serait donc bon d’arrêter les coupes rases de parcelles de forêt ainsi que les plantations de monoculture qui ne sont pas favorables à la diversité florale nécessaire au bon fonctionnement de ces réseaux mycorhiziens indispensables pour une régénération saine de la forêt. 

Cela passera notamment par l’éducation des jeunes générations, qui ne passent plus assez de temps à parcourir les forêts, à s’émerveiller devant les colonies de champignons qui se fraient un chemin au travers des feuilles mortes et à méditer en écoutant le vent siffler entre les cimes des arbres.

On peut en apprendre plus sur ce sujet en regardant le film “L’intelligence des arbres” de Julia Dordel et Guido Tölke,  sorti en salle en septembre et la présentation Ted “How trees talk to each other”. Ou pour les plus motivés, en lisant la publication ci-dessous dont sont tirées beaucoup d’informations présentées ici.

Gorzelak MA, Asay AK, Pickles BJ, Simard SW. Inter-plant communication through mycorrhizal networks mediates complex adaptive behaviour in plant communities. AoB Plants. 2015;7:plv050. doi:10.1093/aobpla/plv050.


2 Comments

Mireille · 22 octobre 2017 at 17 h 17 min

passionnant ! super article!!

francois · 23 octobre 2017 at 8 h 51 min

Bel article.. En effet, le film Avatar invite à la réflexion, lorsque la fiction rejoint la réalité …

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