La Belle et la Bête ou beauté et danger pour cette plante d’Asie du sud-est: Coral tree/Bunga dedap. Source d’eau pour les oiseaux et les écureuils, ses fruits contiennent des toxines, mais d’autres parties de l’arbre comme l’écorce ont des vertus médicinales. La beauté des fleurs contraste, comme pour les roses avec les épines qui n’invitent pas à la cueillette! (Photo prise à l’exposition des planches de dessins de William Farquhar au musée national de Singapour).

Pour reprendre une idée évoquée par Richard Louv, auteur américain de « Last Child in the Woods », il semblerait que l’homme soit passé de la première frontière durant laquelle il fallait à tout prix dompter la nature pour survivre, à la deuxième frontière qui a permis à l’homme d’effacer ses craintes et de développer, grâce à la Révolution Industrielle, un rapport plus romantique à la nature qui devient un lieu où l’on se distrait, où l’on rêve, où l’on crée en jouant.

 La génération des « baby-boomers » a bien connu cette époque pendant laquelle presque chaque famille pouvait profiter de la nature directement grâce à l’agriculture familiale, ou encore fréquenter ce milieu rural grâce à des cousins ou grands-parents vivant à la campagne.

 C’est dans ce contexte d’ailleurs que se développe le besoin de protéger la nature, et que naît la prise de conscience de notre environnement.

Puis survient la révolution technologique, et notre éloignement progressif de la terre et de ses “racines”. La peur de la nature est de retour et engendre de nombreux principes de précaution. C’est  la troisième frontière.

Quel parent ne montre pas d’inquiétude lorsque son enfant demande à aller jouer « dehors, dans la nature» ? Crainte de le voir revenir sale ou avec des habits déchirés, avec des démangeaisons, des bleus ou des écorchures. Crainte qu’il ne mange des baies toxiques, ou qu’il touche à quelques champignons vénéneux.

Certaines de ces craintes peuvent être fondées. Mais d’où proviennent donc ces dangers ?

Une récente visite au « National Museum of Singapore », fournit une partie de la réponse.

Les premiers explorateurs de la région Asie du Sud-Est partaient certes pour fonder une nouvelle nation ou agrandir le territoire du pays qui subventionnait leur expédition. Cependant chaque expédition était accompagnée d’un botaniste ou d’un naturaliste. La présence de ces scientifiques montre, à l’époque, l’importance de faire connaître cette nature à priori hostile afin de savoir mieux l’appréhender et l’estimer.

Ainsi William Farquhar qui accompagne Sir Stamford Raffles, le fondateur de Singapour, fit exécuter par des artistes locaux, des planches sublimes de chaque fleur, plante, arbre, animal, insecte rencontré dans cette partie de l’Asie.

Une collection exceptionnelle de 477 planches en résulta, et le Musée offrit aux visiteurs une exposition d’une rare qualité en 2007.

 Aujourd’hui encore, une salle lui est consacrée avec un accès numérique à toute la collection, et quelques planches originales destinées à aider les visiteurs à découvrir certains secrets de la nature pour atténuer la crainte qu’elle pourrait leur inspirer.

Pujang Bin Garep, un habitant de Pulau Ubin, une île appartenant à Singapour, né en 1939, témoigne :

« Lorsque j’étais enfant, mon grand-père m’a appris à connaître toutes les plantes de l’île. Il m’a appris à distinguer les plantes médicinales qui étaient toxiques, des plantes dont on pouvait obtenir de l’eau en coupant leur tige par le bas. »

 On y apprend qu’une même plante ou fleur peut apporter un remède à une maladie, ou être extrêmement dangereuse si elle n’est pas préparée correctement.

Revenons à présent à ces dangers fondés.

Oui ils existent, mais la première des solutions pour ne pas redévelopper un rapport de crainte avec la nature est de réapprendre à bien la connaître. La première des démarches serait donc d’encourager nos enfants à s’y immerger, quitte à devoir panser des genoux écorchés ou soigner des démangeaisons.

Il faudra également  réapprendre à nos enfants le nom des plantes, à commencer par le nom des légumes qu’ils ont dans leur assiette, le nom des arbres qui nous ombragent, et le nom des insectes qui envahissent notre quotidien en évitant de montrer un sentiment de répulsion à leur égard.

 Il faut simplement leur apprendre à aimer la nature, et pour cela il semble évident qu’apprendre à la voir, à la toucher, puis à l’observer est un premier grand pas.


1 Comment

François · 16 décembre 2017 at 15 h 13 min

Bel article sur la nature , ses merveilles et craintes. Je pense que les enfants dans leur être profond sont grands amateurs de nature.
Cela me rappelle aussi cette citation :
“Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais par manque d’émerveillement.” Gilbert Keith Chesterton

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