C’est de Boston, ou pour être précis Watertown, banlieue aisée de Boston, que je mets en ligne cet article pour le blog de L’Academy, et ceci à un jour des élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Je suis aussi à deux pas de Harvard et de M.I.T., où l’on forme au moment où j’écris l’élite de ce pays, les futurs décideurs et hommes politiques de demain. Tout cela a son importance au regard du sujet du jour : le « positive reinforcement » ou renforcement positif ou encore l’impact des stickers (autocollants) sur la démocratie américaine et comment ils pourraient très bien influencer les élections de demain et déterminer l’avenir du pays !

Je me souviens avoir assisté dans les écoles américaines à des scènes qui surprendraient plus d’un professeur en France, et leurs élèves aussi ! C’est le début de la journée de classe, les élèves se mettent en rang dans la cour et la maîtresse américaine veille au bon ordre et au calme de ce début de journée. Pour ce faire, elle procède à la distribution de stickers. Les élèves qui se mettent en rang correctement sont déjà récompensés, ils arborent fièrement sur leur poitrine le premier sticker du jour, le « good job » pouce levé qui les récompense, alors qu’ils n’ont pas encore mis un pied dans la classe et pas encore au l’occasion de manifester la moindre étincelle de génie. On appelle cela « positive reinforcement », cette stratégie leur donne envie de continuer à suivre les règles, c’est pavlovien, l’odeur du sticker – car certains sont aromatisés à la frais ou autre fruit à l’odeur envoutante. Surtout cela incite les autres à en faire autant car ils voudraient bien aussi un sticker mais n’ont pu s’empêcher ce matin-là de pousser le voisin ou bavarder alors que la maitresse réclamait le silence.

Revenons aux élections de demain aux US. Elles sont à l’image du pays et du monde d’aujourd’hui, imprévisibles. Tout va basculer dans un sens ou dans un autre et personne ne se risque à un pronostic dans la presse locale (le New York times par exemple). L’enjeu ? Un chèque en blanc pour Trump pour les deux prochaines années et la voie ouverte à sa ré-élection en 2020 ou bien le congrès qui bascule en faveur du camp opposé, et une fin de mandat compliquée pour le président avec les démocrates majoritaires. Il s’en faudra de peu puisque selon les derniers sondages les démocrates n’auraient qu’à récupérer 23 sièges aux Républicains pour faire basculer la chambre en leur faveur. Et pour ces sièges tout va dépendre de qui va aller voter demain. C’est de là que vient la plus grande incertitude : le taux d’abstention et quels citoyens daigneront remplir leur devoir électoral et vivre pleinement la magnifique vision de démocratie.

Les américains votent toujours en semaine, avant ou après le travail ou pendant leur « lunch break ». Ils arborent alors le sticker « I voted ». C’est là que les choses se précisent avec mon histoire d’autocollants distribués à l’école : Une étude récente a montré que les stickers ne font pas que motiver les enfants, ils ont un impact incroyable sur les adultes ! En 2010, le sticker “I voted” édité par Facebook aurait envoyé plus de 300 000 votants supplémentaires aux urnes, de quoi faire basculer une élection ! Le petit auto-collant magique incite chacun à se rendre aux urnes pour pouvoir le porter toute la journée et encourage les non-votants à changer d’avis dans la journée. Qui ne voudrait pas aller chercher son sticker, surtout quand on sait qu’il peut devenir « collector »?

J’adorais lors de mon séjour en Louisiane le peintre Rodrigue qui peignait la vie des Cajuns. Plus tard il a peint un chien bleu qui l’a rendu célèbre. Le sticker « I voted » avec l’effigie du chien bleu de Rodrigue est donc un trophée à ne pas manquer le jour de l’élection ! Il est possible d’en racheter sur Ebay, si vous voulez les collectionner, à un prix non négligeable qui paye à l’électeur son déplacement. (voir photo)

Annonce  sur ebay pour vendre le fameux sticker avec le chien bleu de Rodrigue.

Selon les états et les régions, on trouve une grande variété de « I voted » stickers, certains avec la forme de l’état, un symbole animalier ou comme celui de Californie qui joue la carte de la diversité, un sticker en 13 langues différentes !

Le sticker de la Californie en 13 langues:

Le renforcement positif pourra donc avoir demain des conséquences inimaginables selon le groupe majoritaire, Républicain ou Démocrate, avec des électeurs qui seront sensibles au sticker et se rendront finalement aux urnes pour recevoir leur récompense. La démocratie tient à cela désormais, les réseaux sociaux qui influencent les électeurs «online » ou les stickers pour ceux qui aiment le concret ou “offline”.  

Attendons donc demain et songez à devenir collectionneur de « I Voted » stickers. A propos, cela a-t-il un nom ou bien faut-il l’inventer ?

 

Categories: Education

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